La première fois
La folie de grandeur
Elle était belle, comme les pains au chocolat de Joe Dassin.
Une fille, mais pas encore une femme — et moi, pas encore un homme.
Nous étions des adolescents, maladroits, impatients, un peu perdus.
Moi, surtout. Comme un chien abandonné, malade d’amour, mais sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait.
Je lui ai demandé si elle voulait danser avec moi.
Sur la piste, on a rampé, chancelé, on s’est cognés. Pire qu’un papa qui danse après trop de bières.
Mais elle a ri, alors j’ai ri aussi.
C’était déjà une victoire.
Plus tard, nous nous sommes retrouvés dehors. Il faisait nuit — parce que les discos, ce n’était pas l’été.
L’air était plus froid que prévu. Nous étions entre les arbres, à l’écart du bruit.
Je me suis lancé. Je lui ai demandé si elle voulait être ma petite amie.
Mon cœur battait à tout rompre.
J’étais convaincu qu’elle allait dire oui.
Convaincu, avec cette assurance un peu bête qu’ont parfois les garçons qui confondent le désir avec le destin.
Elle m’a regardé longuement.
Puis elle a dit :
— Tu veux une petite amie, ou tu veux être avec moi ?
Ma certitude s’est évaporée comme la brume au soleil.
Je suis resté bouche bée.
Elle venait de changer. En quelques secondes, elle est devenue une femme, là, devant moi.
Moi, j’étais resté un garçon.
Un poisson échoué sur la plage, cherchant désespérément son chemin vers la mer.
Je frétillais sur place, sans savoir quoi répondre.
Le vent a tourné. Et moi, j’étais une girouette.
Elle est repartie vers le disco sans un mot de plus, me laissant seul avec mes blessures fraîches et mon silence idiot.
Je n’ai pas eu le temps de réfléchir.
Je n’avais ni les mots, ni la maturité.
J’ai rougi. Et je suis parti pour essayer de me calmer.
Perplexe, perturbé, perdu, j’ai retrouvé le chemin du disco.
À l’intérieur, les machines à sous clignotaient dans leur confusion habituelle, les lumières tournaient sans fin, le vacarme me martelait la tête.
Je me suis glissé dans un coin sombre.
Et j’ai pleuré, comme Christophe pour Aline.
La vie, avec ses montagnes russes.
Ma première danse. Quelle victoire !
Mon premier flirt. Quelle séduction !
Ma première question essentielle. Quelle profondeur !
Et mon premier chagrin d’amour. Quelle révélation.