La paix ne se prononce pas, elle se construit
Le pape Léon XIV dit que « la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse » et que l’École catholique a toute sa place en France. Je ne suis pas d’accord avec sa façon de lier les deux. La dimension spirituelle, oui. Elle existe chez des croyants de toutes traditions, et aussi chez des personnes qui ne suivent aucune religion. Elle n’appartient pas à l’Église catholique.
On oublie trop vite que le christianisme n’a que deux mille ans. Avant lui, il y avait déjà des millénaires de cultures, de mythes et de spiritualités. On oublie aussi le Christ : ni blanc, ni bourgeois, ni installé du côté des puissants. Il allait vers les exclus. Il dérangeait l’ordre établi. Je me demande ce qu’il penserait de responsables politiques qui se pressent autour d’un chef religieux comme si celui-ci parlait au nom de toute la France.
Tous les Français ne sont pas catholiques. Certains croient autrement. D’autres ne croient pas. Ils appartiennent autant que les autres à ce pays.
Quand le pape défend l’enseignement catholique, je pense à Angers. J’ai enseigné à l’Université catholique de l’Ouest. En 2025, une enquête a révélé ses liens financiers avec un fonds associé à Pierre-Édouard Stérin. Des étudiants et des enseignants se sont mobilisés, puis l’UCO a annoncé qu’elle mettait fin à ce financement. Leur réaction m’a donné de l’espoir. Le fait que ces liens aient existé me fait peur.
Il faut aussi nommer l’ombre de l’Église. Les violences sexuelles commises contre des enfants et des adultes ne sont pas seulement un chapitre clos de son histoire. À Nantes, un prêtre membre de la Communauté de l’Emmanuel a été condamné en première instance en 2025 pour avoir agressé sexuellement une mineure. Il a fait appel de sa peine, sans contester sa responsabilité. Comment défendre la place de l’Église dans l’éducation sans parler d’abord de la sécurité des enfants et de l’écoute des victimes ?
J’entends le pape parler de paix. Mais ses paroles, même bien intentionnées, peuvent rassurer des gens dont les projets politiques m’effraient. Il doit mesurer ce que d’autres feront de ses discours. Il doit aussi regarder la place des femmes dans sa propre Église, et la façon dont elle prétend encore décider de leur vie reproductive.
La paix se construit avec des actes. Un club sportif qui organise une rencontre entre des jeunes qui ne se côtoient jamais. Une association qui monte un concert, un repas ou une fête de quartier. Des visites dans une église, une mosquée, un temple ou une salle de réunion, où chacun peut expliquer sa culture et ses croyances et entendre celles des autres. On peut aussi y venir sans croire.
Nous pourrions faire cela. Pourtant, nous laissons trop souvent la peur et la haine parler à notre place.
Alors oui, parlons de paix. Mais allons là où elle manque. Aidons ceux qui travaillent déjà à rapprocher les gens. Et avant de donner des leçons à la France, ayons le courage de regarder ce qui se passe dans nos propres institutions.