L'experience chez un "Destockeur"

2025-05-28 — Politics & Society · Work & employment — Tags: recruitment, workplace, France


Dernièrement, j'ai participé à une journée de recrutement au siège social d'un destockeur. Cette entreprise était en plein milieu de nulle part, mais paradoxalement, pas loin de tout.



Leur concept repose sur le rachat de lots de biens invendus, pour diverses raisons. Par exemple, un produit peut ne pas être de la bonne taille ou couleur, la saison peut avoir changé, ou encore l'étiquette portait sur un événement sportif déjà passé. Parfois, les entrepôts sont simplement saturés, ou il y a eu un sinistre comme une inondation ou un incendie.



C'est une très bonne idée : recycler et recirculer les biens invendus. C'est meilleur pour l'environnement et les prix sont plus bas pour le client. Ces lots sont ensuite intégrés dans le réseau de distribution du destockeur et revendus, à un prix inférieur au prix normal mais supérieur au prix d'achat initial. Voilà le modèle économique.



Mais c’est une lame à double tranchant, une épée de Damoclès.



Si vous avez investi dans un produit qui ne trouve pas son public, il faut vider vos entrepôts et accepter une perte. Malheureusement, seulement 3% des produits connaissent un succès à long terme, et 95% des nouveaux produits sont des flops. Le lancement d’un produit peut coûter entre 10 000 euros et 10 millions, et même les grands groupes peuvent échouer, comme Coca-Cola avec son "New Coke" dans les années 80-90 ! Et Coca Cola à vendu tres peut au debut, 9 boissons par jour la premier année, mais aujourhui 1.9 millard boissons sont vendu.



D’un autre côté, votre entreprise peut simplement traverser une situation difficile : les finances ne suivent pas, il faut vendre les stocks pour retrouver de la trésorerie, voire liquider.



Un exemple récent : en septembre 2022, l’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu a été placée en liquidation judiciaire, entraînant la vente aux enchères de ses stocks. Ces lots, d’une valeur marchande théorique de 51 millions d’euros, ont été adjugés pour 3,8 millions d’euros, la majorité rachetée par l’enseigne de déstockage Noz, selon Wikipédia.



Les destockeurs sont donc un peu les détritivores de l’écologie commerciale : ils recyclent les produits quand d’autres entreprises s’effondrent.



Le siège



Le siège est très moderne, attractif et accueillant. L’ambiance « open space » et « start-up » est bien visible : jeux de fléchettes (sans fléchettes), babyfoot (sans balle), billard (sans boules). Les jeux sont disponibles pendant les pauses. À l’extérieur, un beau parc.



Le parc et le château, les bâtiments comme les gîtes ou un hôtel ont été construits pour les employés qui doivent rester une nuit. Il y a une énorme crèche, une sorte de ferme, et même un endroit pour que les employés puissent cultiver leurs propres légumes.



Le poste



Le poste en question était un poste de commercial, un acheteur. Vous partez à la pêche aux lots, en vérifiant avec le marketing le prix maximum d’achat, puis vous négociez un prix inférieur avec le fournisseur. Les lots sont ensuite traités dans leur propre chaîne logistique pour être distribués dans leurs magasins.



Il faut passer beaucoup d’appels chaque jour : en moyenne 30, soit environ 150 appels par semaine sur 39 heures de travail, pour un salaire de base d’environ 2000 euros brut.



Néanmoins, des primes sont proposées : si vous négociez un prix inférieur, vous touchez une prime ; si vous atteignez un certain chiffre d’affaires, une autre prime ; si vous trouvez de nouveaux clients, encore une prime ; et si le nombre de commandes dépasse un objectif défini par le management, une autre encore. Une véritable méthode pavlovienne. Sauf qu’au lieu d’être un chien, vous êtes un rat ou un vautour, avec un micromanagement sous stéroïdes.




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